110 ans d'Histoire Aérienne à Brienne - Partie 1

CONSTRUCTION DE LA STATION D'AVIATION MILITAIRE DE BRIENNE

C’est sous la dénomination de « Brienne-Aviation » que nous trouvons trace de la première installation d’une base aéronautique en 1913 à Brienne-le-Château grace aux cartes postales anciennes, reproduites ci-dessous.
Il y est fait mention d’un terrain nivelé de 32ha et d’un hangar d’aviation de 20x20m, situé à 3 km au Nord-Est de la ville dans l’angle formé par un fossé de 2m de large dit « canal neuf » et la voie ferrée de Vitry-le-François à Saint-Dizier.

Le terrain fut offert par son propriétaire à la ville de Brienne qui le mit à disposition de l’Aéro-club briennois. En difficultés financières, ce dernier l’abandonna au Comité National pour l’Aviation Militaire (23 rue de Marignan à Paris). Son représentant dans l’Aube et délégué de la Ligue Nationale Aérienne, André Chanteclair, organisa une souscription dans le département qui donna les moyens à la ville, sous la mandature de Gabriel Bonvalot, de faire construire le hangar.
Pilote d’un biplan Farman, il prit des photos du Château de Brienne à 500m d’altitude !

Ce bâtiment, propriété de Monsieur Barnès, est encore visible aujourd’hui, situé en lisière de l’EPMU au lieu dit "la folie", à l’intersection des communes de Perthes, Saint-Léger et Brienne-le-Château.
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LE PERE DE L’AVIATION A BRIENNE : GABRIEL BONVALOT

Au tout premier rang des défenseurs de l’aviation avec les frères Michelin, l'ancien député et maire de Brienne-le-Château Gabriel Bonvalot milite au côté de Clemenceau pour le maintien de la suprématie française en aéronautique militaire. 

Il intervient à la manifestation patriotique qui se tient la Sorbone le 11 février 1912 où l’Association Générale Aéronautique demande au syndicat de la presse parisienne de fonder le Comité National pour l’Aviation Militaire(CNAM)

Présidé honorifiquement par Georges Clemenceau et avec pour trésorier André Michelin, ce comité composé de membres des grandes associations aéronautiques, des journaux parisiens et la presse départementale, lance une souscription nationale pour financer l’aviation militaire. Des comités départementaux d'aviation, sous l'égide de la Ligue Aéronautique de France, sont créés pour recueillir le produit de cette souscription. 

L’équipement en avion de l’armée étant lancé par un appel direct aux dons des villes et départements français, il est décidé à la fin de l'année 1912 d'affecter une partie des fonds recueillis à l'aménagement d'un réseau de "stations d'atterrissage" à travers toute la France. 

Les dimensions des hangars construits sont généralement de 20 x 20 m, mais il existe des différences, en particulier en ce qui concerne les ouvertures latérales. Il ne faut pas les confondre avec des constructions similaires comme les hangars de campagne de type "Venot" ou "Estiot", édifiés par la Fédération Aéronautique de France.

Grace à son illustre maire Gabriel Bonvalot (1912-1920) explorateur et passionné d’aviation, la ville de Brienne-le-Château a pu figurer sur la liste de la soixantaine de stations aménagées en 1914 (une trentaine est alors « en voie d'organisation »). Aujourd’hui, il ne reste qu’une poignée de hangars debout comme celui de Brienne-le-Château.

Cette première localisation d’une base d’aviation à Brienne a lié durablement la ville à sa destinée aéronautique qui perdure encore jusqu’à nos jours.

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LA FETE INAUGURALE DU 27 JUILLET 1913

Selon les journaux de l’époque, 20 000 personnes assistèrent à cette journée mémorable du 27 juillet 1913.

Tout fut préparé par le maire de Brienne de l’époque, Gabriel BONVALOT, explorateur bien connu, né à Epagne.

L’arrivée des personnalités eut lieu vers 11 heures en gare de Brienne sous la fanfare du 1er bataillon de chasseurs à pied. Un banquet fut servi à l’hôtel de ville, sous la présidence du Général ROUVIER, commandant de la place de Troyes.

L’après midi, sur le terrain sont rangés 2 "Nieuport", 2 "Farman" et 6 "Rep". Après l’inauguration du hangar les avions s’élancèrent dans le ciel et durant plusieurs heures, les braves pilotes le survolèrent et firent toutes les acrobaties permises pour cette époque.

Juste un an après l’inauguration de la Station d’Aviation de Brienne éclate la première guerre mondiale. L’aviation militaire se développe sous l’impulsion du général Joffre et du commandant Barès, directeur du service aéronautique du grand quartier général. La publication du nom des meilleurs pilotes va contribuer à faire émerger des figures quasi-mythiques, les 'AS' de l'aviation. Au moins deux d’entres eux passèrent par la Station d’Aviation de Brienne-le-Château.

L’ensemble des personnels de l’escadrille  DO 22 arrive à la Station d’Aviation de Brienne-le-Château le 4 septembre 1914. Rattachée à la 4ème armée en pleine retraite, la DO 22, sous les ordres du capitaine Paul Leclerc et du commandant Barès, est chargée de repérer les mouvements des forces ennemies et de guider le réglage de l’artillerie. Elle y stationnera durant toute la bataille de la Marne à laquelle elle participera activement (6 au 11 septembre 1914). Les combats y seront particulièrement violents dans la région de Sompuis.

MARCEL BRINDEJONC DES MOULINAIS

C’est déjà auréolé d’un beau palmarès et âgé de seulement 24 ans que le caporal Marcel Brindejonc des Moulinais arrive à Brienne le 5 septembre 1914, en binôme avec le capitaine Bertrand Pujosur, sur leur Maurice Farman MF 11 (Ex avion du commandant Barès).

Un pilote de renom

Février 1913, il parcourut la distance Paris-Londres en 4h55 mn avec retour par Bruxelles.
Avril 1913, il relie Paris-Madrid et retour.
10 juin 1913, il accomplit un tour d'Europe des Capitales, soit un total de 4800 km pour l'époque. Il reçut pour cet exploit la Légion d'Honneur, Les ordres de Sainte-Anne-de-Russie, de Wasa (Suède) et de Daneberg (Danemark).
Avril 1914, il participe au rallye aérien de Monaco et s'y classe second derrière Roland Garros.

Son engagement durant la bataille de la Marne

Il s’illustre en effectuant des reconnaissances profondes lors de la bataille de la Marne permettant de repérer les mouvements des forces ennemies depuis le point de stationnement de son escadrille à Brienne-le-Château. Il rend ses observations directement au Maréchal Foch auquel il signalera l’existence d’un trou entre les différents corps d’armée allemands dans la Marne, lequel permettra la contre-offensive victorieuse française. Ces missions sont agrémentées de largages de divers projectils sur les troupes allemandes : 7 bombes le 5 septembre vers Châlons et Reims, 11 bombes de mélinite le 6 vers Vitry-le-François, 7 septembre 23 obus de 3kg vers Sompuis, le 8 un obus de 90 sur un parc d’artillerie…


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JULES VEDRINES ET SON BLERIOT BLINDE

Affecté, lui aussi, à l’escadrille DO 22, il l’incorpore le 28 août avec son mytique Blériot blindé de 160cv qu’il avait baptisé « la vache ». Il arrivera à Brienne quelques jours après avoir accompli l’un de ses plus fameux faits de guerre puisqu’avec son Mécanicien et mitrailleur René Vicaire, il remporta la première victoire aérienne de l’histoire de l’aviation le 2 septembre 1914. Malheureusement elle ne sera jamais homologuée, certainement en raison de l'aversion notoire de nombreux officiers envers lui causée par son fort caractère.
Surnommé le gavroche sublime, il fut, entre autres, l'instructeur du jeune Georges Guynemer qui devriendra l’As français le plus respecté.

Un pilote abonné aux premières et aux victoires

28 mars et 22 mai 1911, il remporte la première et seconde manche de la coupe Pommery.
26 mai 1911, à bord d’un Morane-Saulnier, il gagne la course Paris-Madrid.
20 novembre au 29 décembre 1913, il réalise la première liaison aérienne France-Égypte (avec escales) à bord de son monoplan Blériot.
13 janvier 1912, il bat le record de vitesse pure en avion sur un Déperdussin (145,161 km/h).
9 décembre 1912, il gagne la coupe Gordon-Bennet en Amérique, en battant le record de vitesse à 167,8 km/h.
Védrines a été le premier pilote à dépasser les 100 km heure. Il est également le premier pilote à se poser à l'aéroport international de Beyrouth au Liban. 

Après guerre, il s’illustre encore en atterrissant sur le toit des Galeries Lafayette à Paris en 1919 sur un avion Caudron malgré l'interdiction de la préfecture de Paris. Il empoche ainsi le prix de 25 000 francs offert pour cet exploit, mais devient le premier délinquant aérien de l'histoire de l'aviation. 

Une arrivée à Brienne compliquée…

Afin de renforcer les missions de réglage d’artillerie souhaité par le commandant Barès, le 6 septembre 1914, Védrines, son mitrailleur et son Blériot rejoignent Marcel Brindejonc des Moulinais déjà arrivé à Brienne avec le reste de la DO 22.

Posés à Brienne-le-Château, ils sont surpris par l'artillerie ennemie qui les oblige à se coucher dans des trous d'obus jusqu'à la fin de la salve. La nuit tombée, ils se présentent au commandant de l'artillerie qui leur demande aussitôt "d'aller faire un tour ailleurs" car leur avion a été repéré, ce dernier ne souhaitant pas transformer sa batterie en cible pour l'artillerie adverse. Après avoir camouflé sommairement leur avion avec des draps, ils attendent le petit matin pour repartir.
FIN DE LA BATAILLE DE LA MARNE ET DEPART DES ESCADRILLES

Marcel Brindejonc des Moulinais lance un dernier obus le 11 septembre 1914 sur un parc d’artillerie, jours ou l’ennemi battit en retraite.

12 septembre, arrivée de l’escadrille V21 à Brienne, placée sous les ordres du commandant René Guichard et affectée, comme la DO 22, au service aéronautique de la 4ème armée.

21 septembre, le lieutenant René Drouot prend le commandement de l'escadrille DO 22 en remplacement du capitaine Paul Leclerc. Jules Védrines est muté à la deuxième réserve de Tours.

1er octobre, départ de l’escadrille V21 de Brienne.

7 octobre, la DO 22 quitte Brienne pour Châlons-sur-Marne.

17 mars au 20 mars 1915, l'escadrille VB-107 sous le commandement de Raphaël Gouin stationne quelques jours à Brienne lors du transfert de l'escadrille de Nogent-sur-Seine à Belfort. Elle est alors équipée de 6 voisins LA.

N’hésitez pas à nous fournir toute information permettant de completer ce récit sur l’activité de la station après cette date.


À propos imageÀ propos image
LES AVIONS PRESENTS A BRIENNE

Composition de l'escadrille DO 22 le 20 septembre 1914 à Brienne

- 2 Dorand DO.1 à moteur Anzani de 85 ch. Avion de reconnaisance et d’observation blindé, il possédait des plaques de métal de 90 kg chacune permettant de protéger l’avant de l’appareil contre les balles venues du sol. Bien que robuste et assez facile à piloter, le DO.1 souffrait de performances médiocres. Il fut refusé par la commission de sélection des avions. Une douzaine d'appareils ont été néanmoins fabriqués, permettant de constituer deux escadrilles, la DO 14 et la DO 22. Il cumule beaucoup de défauts avec, en particulier, l'impossibilité de monter à plus de 2000 mètres et d'emporter des projectiles.

- 1 Maurice Farman MF 11 (N°116, ex avion du commandant Barès)
Produit à environ 4000 exemplaires, c'est le seul avion réellement opérationnel pour des missions en profondeur à être présent sur le front de la IVème armée. Bien qu'assez lent, il dispose à la fois d'un bon rayon d'action , permet l'emport d'un équipage de deux aviateurs dotés de l'ensemble des moyens nécessaires à ce type de mission. De plus, il peut emporter des projectils. 
À propos imageÀ propos image
- Blériot blindé « La vache » dont seul Jules Védrines, "maître de la puissance", est considéré apte à le piloter. Cet avion expérimental dit "destroyer", équipé d'un moteur Gnôme de 160 ch, est destiné à l'attaque des Zeppelins et non aux missions de reconnaissance. L'emport d'une mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm est prévue à partir de la place arrière, mais en position couchée par une trappe latérale située sous l'aile gauche. Pas du tout adaptée à l'affrontement aérien qui n'est pas encore de mise en 1914.

Composition de l'escadrille V21 présente à Brienne

- 6 Voisins type III (ou LA) n° 42 - 56 - 99 - 109 - 215 - 228

Conçu par Gabriel Voisin, ce robuste avion biplan et biplace à structure acier fut utilisé, au début de la guerre, dans des missions d’observation. Pouvant embarquer de 60 à 150kg de bombes, il servit très rapidement pour le bombardement.
Sa conception à moteur propulsif lui donne un avantage considérable en 1914 alors que le tir synchronisé à travers l’hélice n’a pas encore été mis au point car il peut accueillir une mitrailleuse ou un canon mobile devant .

C'est ce même avion qui équipe l'escadrille VB-107, présente quelques jours à Brienne en mars 1915.

FERMETURE DE LA STATION D'AVIATION

Cet aérodrome avait le statut de propriété communale. Après la guerre, il fut conservé par les autorités militaires pour servir de terrain de secours et figura comme tel sur les listes publiées par le Bulletin de la Navigation Aérienne de 1924 à 1939. Mais le terrain présentait deux désavantages majeurs : la nappe affleurant au niveau du sol le rendait inutilisable en période humide. Autre problème, il ne pouvait être étendu qu’en direction du Nord-Est. Un nouveau projet permettant un agrandissement ayant vu le jour dans une localisation proche, il fut rendu aux activités agricoles par plusieurs arrêtés successifs; Un premier dès le 23 mars 1942, un second le 12 octobre 1946 pour sa totalité. Enfin l’aérodrome sera définitivement interdit à la circulation aérienne publique par arrêté ministériel le 6 février 1947.





Encore d’avantage tombé dans l’oubli que la première station aérienne de Brienne-le-Château: la plate-forme d’opérations de Perthes-lès-Brienne !
Sa création fut projetée en septembre 1938 à 2km au nord de l’aérodrome de Brienne, trop petit et trop peu extensible. Bien que les terrains visés étaient les plus fertiles du canton, dès juin 1939, trois expropriations étaient prononcées et en août de cette même année, 18 promesses de ventes conclues.
Stoppées par la guerre, elles ne furent jamais transformées en acte de vente. En 1942, 16 propriètaires refusèrent de confirmer leur engagement.
Après plusieurs années de batailles juridiques autour des baux, alors que le terrain ne présentait plus aucun intérêt aéronautique à la sortie de la guerre, le ministre chargé des transports prononça son déclassement en juillet 1946. S’en suivi, tout comme Brienne, son inscription à la liste des aérodromes interdits à la circulation aérienne publique, le 6 février 1947. Des traces de terrassement de pistes restèrent visibles dans ces champs, au moins jusque dans les années 60, mais  sans aucune certitude qu’un avion n’y ai jamais atterri…



Si vous disposez d'informations ou de documents permettant de compléter ce récit, n'hésitez pas à prendre contact avec nous.
Sources 

Atlas DGAC - Atlas historique des terrains d'aviation de France Métropolitaine 1919-1947
Le Parc Info N° 7 / E.R.G.M.U de Brienne-le-Château - p10/11, Jean-Marc Livet
Récit de Marcel Brindejonc des Moulinais publié dans « La Guerre Aérienne illustrée » N°3
"Les escadrilles de l'aéronautique militaire française de 1912 à 1920", éditions SHD
Billet « Michelin et l’aviation » - Bibliothèque Clermont Université Sciences et Techniques · 19 janvier 2015
L’année aéronautique 1912 à travers le quotidien « Le petit Parisien » par Joël Vergne
Un grand merci à Messieurs Denis ALBIN (http://albindenis.free.fr/) et Thierry MATRA (Jules Védrines, 250 000 km en aéroplane aux éditions Les établissements).

Rédacteur page : Bertrand DUFOUR


SUITE DE L'HISTOIRE AERIENNE A BRIENNE : période 1953-1965, la base de l'OTAN.